Notes épigraphiques: EPIGLR no.189

 

                L'inscription no.189 des IGLR éditées par Emilian Popescu date du commencement du IVe siècle et a été découverte en 1958 dans les ruines de la cité de Muzait-Sacidava.

 

 

C'est un épitaphe dans l'honneur du centurion Valerius Onesim[us], dréssé par sa famme et ses fils. Son texte, dans la lecture de l'éditeur, est le suivant:

1 Q sive RAEREAN[1] sive S
VM adque[2]
[et] digne locutu-
[s] militia colui
5 legionis II leg(ionis) VII
Valerius Onesim[us]
centurio qui vixit a-
nnos quinquagint-
a et mises septe. Valeri-
10 a Marcellina coniux p-
ientissima superstans
cum filibus suuos hu-
13 c titulum posuerunt avete [v]oi viatore[s]

Faisons d'abord observer la curieuse et singulière – même pour le IVe siècle pChr. – mixture de latin vulgaire, écriture phonétique et expression precieuse. Mais ce qui surprend le plus est la préoccupation évidente des dédiants à éviter toute abbréviation et toute ligature. La famille du defunct pensait, sans doute, que ne faire pas économie d'espace et biensûr de dépenses serait une preuve de plus de leur piété envers leur cher disparu et elle serait ainsi plus appropriée à sa position hiérarchique tant militaire que sociale. Car en effet on rencontre écrits tout entiers des mots, des noms et des formules qui s'abbrèggent non seulement couramment – comme vixit, centurio, Valerius, hoc titulum posuerunt – mais même de règle: annos, menses, quinquaginta, septem.

Il y a toute même une exception et c'est à elle que s'addresse notre article. On lit dans la 5e ligne:         

LEGIONIS II LEG VII

On peut observer que l'abbréviation LEG VII, aussi que l'absence des noms des légions, de toute explication du changement d'unité militaire et même de toute copule, se trouvent dans un total désaccord avec le rest de ce texte si prolixe. L'ordre des légions est une autre inadvertence car si notre personage aurait vraiment servi dans cettes deux unités militaires, alors c'est précisément la légion II Herculia qui devrait être la dernière, lorsque l'épitaphe a été découvert dans son garnison, à Sacidava (v. A.Aricescu, Armata în Dobrogea romană, p.112). Ces désaccords sont tous provoqués par LEG VII seulement, ce qui m'a déterminé de confronter encore une fois cette lecture avec le monument lui-même. Voilà donc ce qu'on peut voir sur cette 5e ligne:

                Notons d'abord qu'entre la haste verticale – que j'ai numéroté à la chiffre 1 – et les barres obliques de l'E (no. 2) il y a une lacune trop grasse pour que les deux signes puissent être lus LE. Le même groupe (noté avec LE sur la photo), dans la même ligne et dans le même mot (LEGIONIS), occupe en effet un espace deux fois plus mince. On doit donc supposer soit qu'entre les lettres 1 et 2 il y avait un autre signe (que j'ai noté avec 1'), soit – plus probablement d'après la forme de la lacune – que les numéros 1 et 1' formaient vraiment une seule lettre, mais beaucoup plus grasse que L, à savoir un H, la seule qui repond à toutes les conditions du contexte.

                Le signe suivant, no. 3   , plus haut que la ligne et à l'arche très ouvert, note partout au reste un C, tandis que le G est de règle plus petit, plus clos et à la barre oblique toujours bien tracée (   dans les lignes 3, 5 et 8).

                Les numéros 4,5 et 6 ont été lus, comme on l'a vu, VII. On peut pourtant voir assez bien sur la photo ci-dessus que le signe du milieu, no.5, et à coup sur un L (  ) avec sa barre inférieure oblique charactéristique, et non un I.    

                Enfin, à la fin de la ligne, près du bord du champ écrit, il y a une lacune dont le contour a la forme d'un E mal écrit ( no. 7  ).

En coroborant toutes cettes observations il en resulte que la deuxième moitié de la ligne contient en effet les lettres HECVLIE qui permettent la lecture

HE(R)CVLIE sive [E]

Dans une conversation sur cette conjecture avec le regretté A. Aricescu, celui-ci m'a fait observer que sur la photo, à l'intérieur du C on voit une boucle (  ) qu'il a attribuée a une insolite ligature pour RC (due biensûr à l'omission initiale du R). Même si douteuse, cette ligature est bien possible et, en accordant crédit à l'observation d'Aricescu, je propose en conclusion la suivante reconstitution de la 5e ligne:

LEGIONIS II H̩ERCVLIE̩ sive H̩E(R)CVLI[E]

qui, aux prix d'effacer Valerius Onesimus des effectifs de la VIIe légion, réétablit l'unité stylistique de l'inscription.

 

 

 Notes:

[1] Même si en dehors du thème de notre article, notons que dans la première ligne on doit lire à coup sûr [Q]AEREN[S sive T…]

[2]En effet ADQUAE